Les jardins et espaces verts au secours de la sécu !

Juillet 2011 – Le Monde

Pourra-t-on espérer un jour combler le trou de la sécu par la création de jardins et espaces verts ? Aussi utopique soit-elle, cette proposition pourrait bien être la clé de l’un des défis majeurs du XXIe siècle. Et une source d’inspiration pour nos futurs candidats à l’élection présidentielle !

Début juin, une étude commandée par le gouvernement britannique associant plus de 700scientifiques des universités les plus prestigieuses du pays, a établi une échelle de valeurs pour l’ensemble des composantes de l’écosystème environnemental, des forêts aux abeilles en passant par les parcs et jardins. Avec une question en ligne de mire : que rapporte la nature à nos sociétés développées ?

L’exemple le plus frappant de ces « bénéfices cachés » est le rôle primordial des espaces verts sur la santé publique. L’étude évalue ainsi à 340 € par an et par personne le fait de disposer d’une habitation avec vue sur un espace vert. Or 15 millions de Français n’ont ni jardin, ni terrasse !

Verdir leur cadre de vie permettrait d’économiser 5 milliards d’euros de dépenses de santé chaque année ; soit la moitié du déficit de l’assurance-maladie…

Au Nord de l’Europe, les pays scandinaves l’ont compris de longue date : en investissant dans la préservation des écosystèmes naturels et le développement d’un urbanisme responsable, ils ont fait la part belle aux arbres et aux espaces verts et ont créé, pour leurs populations, un cadre de vie particulièrement favorable au bien-être et à la santé.

A Stockholm, 95 % des habitants vivent à moins de 300 mètres d’un parc. Sans surprise, la Suède arrive au 1er rang européen pour « l’espérance de vie en bonne santé », qui s’établit à 69 ans (contre 63 en France). Cette corrélation, que l’on ne pouvait jusqu’à présent que soupçonner, est aujourd’hui devenue mesurable.

On connaissait déjà les bienfaits des arbres et des végétaux en ville : captage du CO2, rôle de « climatiseurs urbains », filtration des microparticules polluantes, diminution du stress… Mais personne n’était jusqu’à présent allé jusqu’à déterminer précisément la valeur économique et sociale de ces bénéfices, au point de leur attribuer un montant monétaire.

Or l’enjeu est trop important pour que l’on continue à se contenter de mots : il s’agit ni plus ni moins de réussir concrètement la transition tant annoncée vers une économie et une civilisation « vertes ».

Tout le monde rêve d’un monde plus respectueux de la nature, de villes plantées d’arbres et de parcs, d’habitations qui font la part belle aux jardins et au végétal. Nos enquêtes annuelles montrent que 9 Français sur 10 expriment un besoin croissant de nature et sont convaincus de la nécessité de préserver l’environnement et de développer les espaces verts. Au-delà de ces aspirations sociales fortes, les effets concrets des espaces verts sur la santé (et donc les coûts évités pour la sécurité sociale) sont désormais établis. Une étude bibliographique de Plante & Cité, plate-forme nationale d’échanges et d’expérimentations sur le végétal, révèle le lien direct entre la présence de vert en ville et l’amélioration de la santé physique et mentale des habitants.

Plus un jardin est riche en biodiversité, plus il a des effets psychologiques bénéfiques pour ses usagers.

Et plus il fait office de barrière phytosanitaire naturelle : accepter la présence de prédateurs naturels des ravageurs permet par exemple de limiter l’usage des pesticides. C’est autant d’argent économisé, et de rejets potentiellement dangereux pour la santé évités ! Nombreuses sont les entreprises du paysage qui l’ont compris et intègrent désormais la biodiversité dans leur approche du paysage. L’objectif, demain, est d’aller encore plus loin dans cette voie, en valorisant concrètement les bénéfices économiques et sanitaires de telles démarches.

Un Work shop organisé en mai dernier à Bruxelles par l’Association Européenne des entreprises du Paysage (l’ELCA), auquel participaient une quinzaine de chercheurs de toute l’Europe, l’a encore confirmé.

La 5ème édition des Assises Européennes du Paysage du 10 au 12 octobre 2011 à Strasbourg, organisée par notre interprofession Valhor, aura justement pour thème « Le paysage, créateur de richesses ». Y seront évoqués les nouveaux indicateurs de l’économie et du bien-être, mais également la manière dont le paysage peut agir comme une ressource pour l’économie et la société. L’enjeu : appréhender les espaces verts non plus comme de simples agréments décoratifs, mais comme des leviers prioritaires des politiques de santé publique.

Tant que les bilans financiers, qu’il s’agisse des comptes de l’Etat ou de ceux des entreprises, voire des individus, ne tiendront pas compte des coûts induits par la dégradation de l’environnement, ou au contraire des bénéfices apportés par la préservation de la nature et le développement des espaces végétalisés, il n’y a aucun raison que les responsables politiques en fasse une priorité. Si le « grand emprunt » destiné à la relance du pays avait pris en compte cet aspect des choses, l’équilibre entre béton et verdure, parmi l’ensemble des projets financés, aurait peut-être été mieux respecté…

Avis aux candidats à la présidentielle : avez-vous pensé à mettre les espaces verts au cœur de votre programme ?

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